Collectif Romeurope du Val Maubuée

Membre du Collectif National Droits de l'Homme Romeurope

Des bidonvilles au Sénat, les combats d’Anina Ciuciu, rom et française

A 27 ans, l’élève avocate rom et française espère être en position éligible sur une liste aux sénatoriales.

Elle ne veut pas être la rom de service. « Je sais qu’on va me ramener à ça et prétendre que je veux être la sénatrice des roms mais c’est faux, si je suis fière de mon identité multiple, les valeurs et la vision d’avenir que je veux porter au travers de cette candidature sont bien plus larges qu’une vision purement communautaire » recadre Anina Ciuciu. Tzigane, elle l’est et le reste*, mais elle est aussi jeune, française, élève avocate issue des milieux populaires : trois enjeux majeurs du renouvellement politiques, disent les signataires d’un appel paraphé par plus de 150 personnes, grands électeurs, élus ou militants, universitaires…

C’est Aline Archimbaud, sénatrice sortante UDE (Union des démocrates et des écologistes), qui a proposé sa candidature. Anina Ciuciu est arrivée en France en 1997, à 7 ans, après avoir fait l’expérience de la mendicité en Italie avec sa famille. «On est arrivé à Bourg-en-Bresse, on vivait dans un camion aménagé, avec mes parents, et nous étions sous le coup d’une OQTF (obligation à quitter le territoire » rappelle Anina Ciuciu, 2e de quatre filles. Ses parents, comptable et aide-soignante avaient fui la Roumanie pour trouver un endroit où la devise liberté, égalité, fraternité ferait sens.

«C’est grâce à l’école que j’ai pu m’en sortir »En 1999, lorsque sa mère fait la manche avec ses filles, sur le marché, c’est une institutrice qui leur tend la main. Madame Jacqueline, comme la famille Ciuciu l’appelle toujours, connaît bien la Roumanie, et choisit d’aider la famille dans ses démarches, se prend d’affection pour ceux qui sont aujourd’hui encore des amis.

« Toute petite déjà, Anina ne supportait pas les injustices, je lui disais en rigolant, toi tu deviendras avocate ! » sourit l’institutrice à la retraite. Pour elle, rien d’étonnant à ce qu’Anina se lance en politique. «Mais pas pour y faire carrière, pour défendre ses idées », ajoute l’institutrice à la retraite.

«C’est grâce à l’école que j’ai pu m’en sortir, et maintenant je veux défendre la voix des plus faibles, insiste Anina Ciuciu, en faisant tenir la promesse fondatrice de la République pour tous les enfants, qu’ils vivent dans les quartiers populaires, à Calais ou en campagne, en bidonvilles, en famille ou isolés », résume la jeune juriste. Elle vit dans une chambre étudiante à Paris mais passe la majeur partie de son temps libre à militer en Seine-Saint-Denis, notamment au sein du « mouvement du 16 mai », en référence au 16 mai 1944, date de l’insurrection de tsiganes face aux nazis à Auschwitz.

Les compromis n’ont pas l’air d’être sa tasse de thé. Nommée conseillère honorifique sur la question rom auprès du premier ministre roumain Victor Ponta, en 2014, elle démissionne au bout de six mois. «Ça m’éloignait trop du terrain et je n’avais pas de marge de manoeuvre », justifie Anina Ciuciu.

Saura-t-elle convaincre les partis de lui faire une place sur une liste, en position éligible ? Pour EELV 93, « ça n’est pas d’actualité ». Au PS, la liste a déjà été votée par les militants et les positions éligibles sont réservées. Cela n’est pas non plus envisagé au PC, où la sénatrice sortante Eliane Assassi se représente. A moins qu’Anina Ciuciu ne constitue sa propre liste. «Rien n’est décidé, réagit Anina Ciuciu, mais nous y réfléchissons au regard de l’augmentation du nombre de soutiens. »

* « Je suis tzigane et je le reste », avec Frédéric Veille – 2013, City Éditions.

Sénatoriales mode d’emploiLes sénateurs, âgés de 24 ans minimum, sont élus pour une période de six ans par des grands électeurs c’est-à-dire les conseillers départementaux, régionaux et municipaux, les députés et sénateurs. En Seine-Saint-Denis, il y a 2 074 grands électeurs pour élire six sénateurs. Pour l’emporter – il n’y aura qu’un tour, le 24 septembre – il faut obtenir la majorité absolue, soit plus de 345 voix sinon il faut obtenir la plus forte moyenne.

  leparisien.fr

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