Collectif Romeurope du Val Maubuée

Membre du Collectif National Droits de l'Homme Romeurope

« France-Roumanie, c’est mon match pour la vie »

A 23 ans, Vandam ne compte plus les allers-retours entre la Roumanie et la France. Marié avec un enfant, logé dans des bidonvilles ou à l’hôtel, il rêve de faire sa vie en en France…

Quand j’avais 14 ans, je suis parti pour la première fois en Allemagne, à Berlin, avec mon père et ma mère. On a choisi l’Allemagne parce qu’on savait qu’on arriverait à gagner de l’argent. En Roumanie, la vie était trop difficile.

J’y suis resté jusqu’en 2008, après je suis venu en France rejoindre mes frères. Je suis resté cinq mois ici, je faisais la manche dans le métro, dans la rue. Au début, c’était un peu difficile, mais après je me suis habitué, ça me permettait juste de survivre.

Construire des baraques sur un terrain abandonné

On vivait dans un bidonville à Massy-Palaiseau. La vie en bidonville, c’est toujours un peu compliqué, mais on n’avait pas d’autres choix. On s’habitue à tout.

On avait de l’électricité grâce à un groupe électrogène. Pour l’eau, c’était un peu plus galère.

On devait aller en chercher dans les parcs, avec des grands bidons qu’on remplissait aux fontaines.

Après, on a dû rentrer en Roumanie parce que notre bidonville a été expulsé. Puis, je suis revenu en France et on est parti à la recherche d’un nouveau terrain abandonné. On en a trouvé un à Massy-Palaiseau. On a commencé à y construire des baraques. La police nous a laissé tranquille pendant deux ans.

Puis, j’ai été obligé de partir de nouveau car les Gitans ont mis le feu au bidonville. On a dû dormir une nuit à la rue et après le 115 nous a installés dans un gymnase. On y a dormi deux jours puis, comme on n’avait nulle part où aller, on nous a proposé de rentrer en Roumanie.

On a eu une aide au retour et on nous a mis dans l’avion.

On n’avait pas d’autres possibilités.

Nouveau bidonville, encore expulsés

On est resté cinq mois en Roumanie. J’ai recommencé à aller au collège et puis nous sommes (re)revenus en France.

C’était l’été.

Nous avons ouvert un bidonville à Champ-sur-Marne où nous avons vécu un an. On y était bien, je faisais des petits boulots au noir, à droite à gauche, pour aider.

Puis, ils nous ont encore expulsés.

C’est à chaque fois difficile de se faire expulser comme cela. Les gens du quartier s’habituent à nous, et nous à eux. Et là, d’un coup, on doit prendre nos affaires et partir. Parfois même, on n’a pas le temps de faire nos valises. J’ai plein d’habits qui sont restés sur place, et je n’avais plus rien à me mettre. J’étais en colère.

Après, j’ai rencontré les gens de l’association Hors la Rue. Ça m’a fait du bien d’être en lien avec eux. Ils nous ont mis en contact avec d’autres associations qui nous ont proposé des nuits d’hôtels pendant quatre mois. J’étais content et soulagé. On avait l’eau courante, la douche.

Je suis quelqu’un qui aime bien être propre donc dans les bidonvilles c’était vraiment compliqué. On devait aller dans les stations services pour se laver au robinet.

J’étais heureux, mais ma famille a préféré retourner dans un bidonville parce qu’à l’hôtel, on n’avait pas de cuisine pour faire à manger et cela leur posait problème.

Mon choix : vivre en France !

Puis un monsieur est venu me demander si je voulais travailler. Il m’a dit qu’il voulait m’aider mais pour cela, je devais m’inscrire à la mission locale. Du coup, j’ai fait une formation de quatre mois de jardinier.

C’était bien, mais je ne suis pas resté jusqu’à la fin car comme c’était les vacances d’été, je suis rentré en Roumanie pour fêter le 15 août. Je me suis inscrit pour passer le permis, mais ça a duré plus longtemps que prévu. Je suis donc resté pour aller jusqu’au bout des leçons.

Quand je suis revenu en France, j’avais mon permis, mais je n’ai pas pu continuer la formation car c’était trop tard.

Aujourd’hui, j’habite toujours à l’hôtel, à Chelles (77), avec ma femme et ma fille. Je suis en train de faire une formation à l’AFPA pour apprendre le français. Ça se passe bien mais ce n’est pas facile. J’aimerais bien réussir à travailler comme chauffeur. Je veux rester ici, m’intégrer et n’aller en Roumanie plus que pour les vacances.

Avec le recul, je me rends compte que tout ce que j’ai vécu avant a été très difficile.

Vandam Zamfir, 23 ans, en recherche d’emploi, Chelles (77)

[ Texte écrit avec l’aide de  et publié dans la ZONE D’EXPRESSION PRIORITAIRE , le 23/12/2016. ]

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