Collectif Romeurope du Val Maubuée

Membre du Collectif National Droits de l'Homme Romeurope

Gardanne : les familles roms accueillies prennent progressivement leur envol

En Provence-Alpes-Côte d’Azur, Gardanne est la seule commune à avoir donné leur chance à des familles roms venues de Roumanie en 2012. Trois ans plus tard, plusieurs ont quitté le terrain mis à leur disposition pour des logements en dur dans la région ou à l’étranger. Mediapart a rencontré trois de ces familles. Reportages.

Réunion d'information sur l'emploi sur le terrain du Puits Z, début 2014, après la levée des mesures transitoires. © LF

Réunion d’information sur l’emploi sur le terrain du Puits Z, début 2014, après la levée des mesures transitoires. © LF

En région Provence-Alpes-Côte d’Azur (PACA), Gardanne fait figure d’exception. Située à une trentaine de kilomètres de Marseille, c’est la seule commune à avoir rompu le cercle infernal des expulsions de campements de Roms en leur ouvrant un terrain en 2012. « Nous espérions que notre exemple fasse boule de neige, regrette Georges Felouzis, le directeur du centre communal d’action social (CCAS) de Gardanne. Beaucoup de communes des Bouches-du-Rhône nous ont contactés, mais aucune n’a sauté le pas. »

En septembre 2012, à la suite d’une série d’expulsions à Marseille, 85 Roms, venus de Roumanie mais pour beaucoup en France depuis une dizaine d’années, échouent dans cette ancienne petite ville ouvrière de 20 828 habitants. Le premier réflexe du maire PCF Roger Meï, réélu lors de municipales partielles en juillet 2015, est de leur dire « d’aller ailleurs », avant de se raviser sous la pression de militants. Trois ans plus tard, avec l’aide de la préfecture des Bouches-du-Rhône, les services de la Ville et les bénévoles du collectif Roms de Gardanne, organisés en petits groupes (alphabétisation, santé, emploi, etc.), ont effectué un travail d’intégration plus que payant. Les règles ont été fixées dans une charte signée en 2013 : scolarisation des enfants, pas de nouvelles arrivées, pas de mendicité, interdiction de faire brûler autre chose que du bois. Des zones de ferraillage ont été délimitées, des containers mis à disposition et un planning de nettoyage par les familles dressé. Le bus scolaire s’arrête tous les matins au Puits Z.

Une quarantaine de personnes vivent encore dans les mobile homes du Puits Z, un ancien puits de mine des Charbonnages de France. La commune s’est donné jusqu’à juillet 2016 pour fermer ce qui reste un bidonville amélioré (raccordé au réseau EDF et au canal de Provence, mais sans sanitaires). « Nous essayons de trouver des solutions de sortie vers des logements autonomes, souligne Christine Verilhac, membre du CCFD et coprésidente du collectif Roms de Gardanne. La clef, c’est l’emploi et la maîtrise du français. Mais même avec un employeur, cela reste un combat d’accéder à la légalité. Il faut encore obtenir un numéro de Sécurité sociale et un compte bancaire. » Bénévoles comme travailleurs sociaux gardannais soulignent les réticences de l’administration. « C’est un combat pour toutes les démarches, même dans l’éducation nationale, affirme Georges Pelouzis. Au début, certains enseignants ne voulaient pas des enfants dans leur classe car ils avaient déjà quatre ou cinq enfants ne parlant pas français. Il a fallu convaincre la PMI de se rendre sur le site. » Les gendarmes locaux aussi s’en donneraient « à cœur joie sur les verbalisations pour des problèmes mineurs ».

Ce projet a pour l’instant coûté moins de 300 000 euros. L’État a mis la main à la poche, à hauteur de 83 666 euros, le département des Bouches-du-Rhône pour 35 000 euros, la Ville pour 34 666 euros. Un deuxième tour de table a été organisé en juin 2014 avec les mêmes acteurs, pour un total de 140 000 euros. Un coût à comparer à celui des expulsions que la France continue à pratiquer systématiquement. Et en vain.

Comme l’a récemment détaillé Mediapart, une étude de cas publiée en février 2015 dans le cadre du projet de recherche européen MigRom montre que les expulsions successives subies par un même groupe pendant deux ans ont coûté près de 324 000 euros à la collectivité. « Ces sommes considérables sont utilisées avec pour seul effet de réduire à néant tous les efforts d’insertion », accuse le collectif Romeurope, qui fait le calcul qu’en 2014, 138 expulsions ayant eu lieu, plus de 40 millions d’euros ont été dépensés pour « exclure des personnes ».

Mais l’insertion, avec ses ratés, ses incompréhensions, ses allers-retours, demande un investissement humain de longue haleine. « Quand on est en grande précarité, l’important c’est de trouver à manger et s’il y a une occasion de ferrailler, cela passe avant le cours de français », explique Christine Verilhac. Plusieurs hommes, embauchés sur des chantiers d’insertion, ont ainsi perdu leur travail cet été, car ils étaient partis en Roumanie s’occuper de leurs parents malades.

Plusieurs familles ont émigré vers des terres plus hospitalières, soit l’Irlande dans le cadre d’un programme européen pour travailler sur la construction d’autoroutes, soit l’Espagne où le cours du fer est plus élevé. « Ça fait des années que des Roms de Marseille vont à Dublin car il y est beaucoup plus facile de trouver un travail et un logement », explique Isabelle Pavloff, assistance sociale du CCAS qui suit quotidiennement les familles du Puits Z. Quelques-uns sont également volontairement repartis en Roumanie. Trois familles ont, elles, fait le choix de s’implanter dans des logements en dur en France, l’une dans un tout petit village des Cévennes, permettant de sauver sa classe unique, les deux autres au sein de la métropole marseillaise.

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