Collectif Romeurope du Val Maubuée

Membre du Collectif National Droits de l'Homme Romeurope

Hier aurait pu être une journée ordinaire ! Mais non.

C’est l’une de ces journées que l’on n’aimerait plus revivre. Le 27 janvier 2015 à Noisiel. On croit d’abord que l’expulsion touchera toutes les familles des environs soit 400 personnes. Finalement, 3 bidonvilles sont concernés, soit une centaine d’enfants, femmes et hommes. Retour sur cette journée à travers quelques photos, le cri du coeur d’une femme et une vidéo.

* * *

Mardi 27 janvier 2015, 7h30, dans les bois de Noisiel (photo : Hubert Marot)

Mardi 27 janvier 2015, 7h30, dans les bois de Noisiel (photo : Hubert Marot)

 * * *

Hier aurait pu être une journée ordinaire ! Mais non.

J’ai passé la journée dehors, dans le froid avec des hommes, des femmes, des enfants, et des bébés Rroms.

Pourquoi ? Parce que ces personnes, ces êtres humains qui sont Européens comme nous, ont été traités comme des chiens, ni plus ni moins, expulsés de leurs baraques de fortune à Noisiel en 1h après un arrêté signé par les mairies de Noisiel et de Champs sur Marne.

Le classique bulldozer a fait son travail et tout réduit en miette en moins de temps.
Elles ont été expulsées, avec tous leurs sacs de vêtements, papiers, nourriture, avec leurs groupes électrogènes qui leur permettaient de se chauffer et charger leurs portables, cuisiner, en toute autonomie en ne gênant absolument personne en dehors de quelques taches de couleurs dans les bois. Un déménagement en 1h !
L’image qui suit, c’est une file indienne de caddies et poussettes remplis de sacs de toutes les couleurs que vous pouvez imaginer…
Vous savez, ceux qu’on regarde de loin, en ne comprenant jamais d’où ils viennent et où ils vont avec leurs caddies, fouillant les poubelles ou riant avec des enfants dedans.

J’ai donc connu quelques-unes de ces personnes, certaines sont déprimées, complètement abattues, d’autres tentent de garder le sourire, d’autres sont résignées et prennent cela comme une habitude, d’autres travaillent et ont dû laisser leur famille pour y aller. Je vous laisse imaginer dans quel état. Les enfants continuent de jouer, rire, courir, faire des avions en papier… Certains sont scolarisés et n’ont pas pu aller à l’école hier à cause de l’expulsion. Alors ils ont pris des feuilles pour écrire…
Bref, tout ce qu’un être humain civilisé peut faire, comme n’importe quel autre.
Alors pourquoi continue-t-on à les traiter comme des chiens (et même pire puisque les chiens errant on s’en occupe) en les expulsant, en ne trouvant aucune solution de relogement – au moins pour l’hiver – en osant rester au chaud dans des bureaux sans même imaginer un petit enfant de deux ans, qui heureusement tète encore sa mère et s’endort dans le froid sous une couverture.

C’est une vraie question. Je la pose vraiment. « COMMENT ET POURQUOI CONTINUE-T-ON A TRAITER LES RROMS OU LES GITANS (appelez les comme vous voulez) DE CETTE FACON ? ».  Il paraît que si on les expulse, au regard de la loi, c’est parce qu’il n’est pas humain de vivre dans ces conditions !

Mais où est l’humanité dans tout ça ?

Comment dans un pays comme le nôtre, le jour des 70 ans de la commémoration de la découverte des camps nazis, pouvons-nous tolérer cela? Comment pouvons-nous nous coucher, chez nous au chaud sans avoir une pensée pour toutes ces personnes qui sont traitées comme des moins que rien. Exactement comme elles ont été traitées avant la seconde guerre mondiale. Et on sait comment cela s’est terminé.

Ai-je besoin de rappeler que les handicapés ont suivi, puis les homosexuels, puis les juifs (en plus grand nombre certes. Ils devaient gêner un peu plus car eux avaient beaucoup d’argent, paraît-il !)
L’Histoire ne nous enseignerait-elle donc rien ????

On me rétorquera : « Oui, mais que faire ? Ces personnes sont sales, elles mendient, elles volent, elles ne travaillent pas… Et la crise. Et tout ça… »

Oui, c’est vrai. Une personne qui ne peut pas se doucher est sale. Une personne qui ne peut pas nourrir ses enfants mendie. Une personne qui n’en peut plus de ne pas être accepté par une société qui passe son temps à la regarder comme un ennemi, ou pire, comme un animal, peut être tentée par le vol (Exactement comme n’importe quel Français. Dans toutes les catégories socio professionnelles d’ailleurs… !).

Et la crise ! « Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde ! »

Mais l’Europe a été voulue. Maintenant elle est là, et que nous le voulions ou non ces personnes sont des citoyens Européens que nous pouvons désormais appeler des SDF. Ils doivent donc être traités de la même façon !

Des personnes douées d’intelligence, ayant un affect, un psychisme, une histoire, une culture, une langue, de l’amour. Mais ai-je vraiment besoin de rappeler tout cela ?

texte de « une femme qui aurait pu naître ailleurs »

  * * *

Photos : Hubert Marot

  * * *

Vidéo de la journée par Hubert Marot

Les commentaires sont fermés.